18.7.17

Quand Macron inventa le blitzdesign

Au Tank à Paris, rue des Taillanders, le 4 juillet 2017
Coup de maître. Au jeu d’échecs, le blitz inspiré de la blitzkrieg (guerre éclair) consiste à faire jouer les adversaires aussi vite que possible. Leur temps de réflexion ne peut excéder 15 minutes par coup. Pendant la campagne d’Emmanuel Macron, Olivier Alexanian et Thibault Caizergues en charge de toute l'identité visuelle et de la communication ne disposèrent même pas d’un temps équivalent. Plus la campagne avançait et s’amplifiait, plus les demandes s’accélérèrent au point de ne leur laisser que l’instant pour y répondre.

À l’occasion de la troisième édition de Type@Paris, un workshop annuel de cinq semaines autour du dessin de lettres leur a été donné l’occasion de revenir sur cette expérience singulière, le temps d’une conférence retransmise en live sur les réseaux sociaux, le mardi 4 Juillet.

Olivier Alexanian, diplômé de l’École nationale supérieure des art décoratifs en design graphique et tout juste titulaire d’un master de Sciences Po fut le premier à prendre le train en marche. Il récupéra le travail qu’avait produit l’agence Jésus et Gabriel dirigée par deux publicitaires plutôt spécialisés dans l’alimentaire. Ce sont eux qui furent vraisemblablement à l’origine du choix de la police Gill Sans qui devint par la suite la pierre angulaire de toute l’identité visuelle du candidat Macron (leur proposition initiale se déployait toutefois dans une déclinaison assez éloignée de ce qu’elle devint par la suite, magnifiée par l'italique).
Thibault Caizergues le rejoint en décembre 2016. Sorti de l’ECV Paris puis d’Intuit.lab en 2009, il a fait ses premières armes outre atlantique à New-york. Revenu en France en 2011, il a d’abord travaillé en free lance pendant cinq ans avant d’intégrer en 2015 le pôle numérique de la ville de Paris comme directeur artistique. Thibault et Olivier ne se connaissaient pas, seul leur engagement auprès d’Emmanuel Macron les a rapproché au point d’en faire un couple aussi consubstanciel que Bouvard et Pécuchet, Dupond et Dupont ou Debergny et Peignot, pour les plus typophiles d’entre nous.

La Gill Sans italique déclinée
ici sur unT-shirt
Des lors commença pour ce tandem une course folle contre la montre qui ne s’acheva que le soir du 8 mai, lorsque leur champion avec ses 65,9 % des suffrages exprimés franchit les marches du Palais de l’Élysée. Sans doute ont-ils poussé un « ouf » de soulagement, car à travailler non stop presque jour et nuit pendant presque 6 mois, ils approchaient l’épuisement. Rétrospectivement ils conviennent que ce work in progress effréné a défini les contours d’une nouvelle pratique du design, "blitzdesign" ou design de l’instant, indissociable de la toile et des réseaux sociaux.
Olivier et Thibault ont rapporté qu’ils ont bénéficié de l’absolu confiance d’Emmanuel Macron qu’ils n’avaient pas la possibilité de voir beaucoup. Ensuite ils ont du faire face à une telle demande d’intervention que les procédures de validation que l’on aurait pu imaginer obligatoires sur ce type d’enjeu ont purement et simplement sauté.

Sms de rappel pour les étourdis
Sur le terrain, par exemple au meeting du 17 avril au palais Omnisport de Bercy à Paris, le visiteur ne pouvait qu’être impressionné par la force de frappe des outils de communication déclinés pour l’occasion, la rigueur de leur mise en forme, la pertinence de leurs messages et la puissance de leur scénographie. Aux traditionnels T-shirts, flyers, banderoles, et drapeaux, était venu s’ajouter la nouvelle donne digitale des écrans. Ceux qui paraient l’intérieur du site et tous les autres connectés à distance, dans d’infinies variantes, des tweets aux murs des pages Facebook. Lors du discours prononcé pour l’occasion par Emmanuel Macron, Olivier Alexanian nous a raconté qu’il devait en l’espace de quelques secondes formater des citations qui lui arrivait par salves régulières et continues jusqu’à la fin de son intervention. Du blitzdesign à n’en pas douter, pendant plus de deux heures. Et cela n’était qu’une petite partie de son travail.

La réplique virale d'Emmanuel Macron
à Donald Trump du 2 juin 2017 
Nos deux compères au départ bénévoles ont été rapidement salariés par l’équipe de campagne puis ont intégrés les ors feutrés de la république et le port d'un costume-cravate. Ils continuent à accompagner le Président Macron respectivement à titre de directeur artistique et de directeur de création. Si le gazoulli français le plus retweeté Make our planet great again, est à mettre à leur crédit depuis, souhaitons leur la même ténacité et la même audace car le temps propre à celui de l’administration n’aura plus rien à voir avec celui d’un campagne électorale. D’un big-bang fulgurant les voilà téléportés dans un trou noir concentré d’inertie.
Quant à la police Gill sans, italique, dorénavant si intimement associée à l’image de notre nouveau président, il ne faudrait pas non plus qu’elle ne perde son autonomie, ni la signature de son créateur, le merveilleux dessinateur de caractère anglais Éric Gill (1897-1940). L’avenir le dira si elle poursuivra sa marche indépendamment du devenir d’Emmanuel Macron, de sa réussite ou de ses échecs. Mais le risque est là, à l’instar de toutes ces musiques qui ont perdu leur âme dans un amalgame fatal avec les objets qui ont contribué à leur diffusion et à leur gloire.
Rappelez-vous celle de Barry Lyndon de Stanley Kubrick, ou celle de l’Eurovision. Qui se souvient que Haendel et Charpentier qui en sont leurs auteurs ? Échec et mat.

Bonus : Type@Paris organisé par Jean-François Porchez ;
Eric Gill dessinateur et sculpteur anglais ;
La sarabande de Frédérick Haendel




10.9.16

Feuilleton de l'été : le best-of du trombinoscope de linkedin (5)

Masques et postures. Adeptes du hors-cadre, de la photo de profil ou de l'ubiquité, ils ont besoin de quitter les sentiers battus, voire de se dédoubler, allez savoir pourquoi ! Mais attention à la sortie de route qui n'est jamais très loin et qui ne pardonne pas...


Le profil qui tue ? Le 9 janvier 1996 le journal Le Monde publie une photographie dans ses colonnes pour la seconde fois de son histoire ! Mort de François Mitterrand oblige. Sur la une pour cette fois-là, avec une photo de Raymond Depardon qui montre le président de profil devant une fenêtre ouverte donnant sur les jardins de l'Élysée. Exit M. le président ! Littéralement celui qui se positionne de profil s'inscrit dans une trajectoire perpendiculaire à la votre. Rien n'est prévisible de ce croisement. Il va couper votre route avec le risque de vous griller la priorité, de vous barrer le passage ou pire de provoquer une collision, à tout moins une rencontre qui appelle en filigrane contemplation ou reconnaissance. Tous les scénarios sont possibles, seule certitude à la clé : vous n'êtes pas dans son axe, alors laissez-le filer comme une étoile et faites le vœux qu'il disparaisse aussi vite qu'il vous est apparu.


Encore une variante de positionnement avec un visage partiellement apparent dans le cadre. En manque tout ou partie avec tous les intermédiaires possibles. Ici nous remarquerons celui qui a crevé le plafond (!) à côté celui qui se rétracte à moitié et enfin celle qui effrontément vous apostrophe avec son œil quasiment plein pot. Sous contrôle ? Pas si sur, même avec un sourire, tout dépend de leur capacité à rebondir et à trop jouer avec les limites le risque d'un dérapage leur pend au nez.


Enfin pour terminer ce nouveau panel, nous évoquerons les adeptes du dédoublement, du miroir, ou du double-face. Nombreux sont en effet ceux qui ont coupé leur poire en deux et qui en affichent deux versants. Ils sont souvent illustrateurs ou photographes mais pas toujours artistes, on y trouve aussi des directeurs ou des chefs de projet et d'autres encore. Ils illustrent, profilent ou reflètent leurs moitiés avec plus ou moins de brillance. Que faut-il en penser ? La démarche laisse parfois perplexe. Ca fait du monde sur le plateau ! N'avez-vous pas déjà assez à faire avec une seule personne ? Il y a aussi du docteur Jeckill and Mr Hyde potentiellement dans l'air et symétrie ne peut rimer avec schizophrénie. Le comble du je-m'en-foutisme étant atteint par ceux qui s'affichent en tandem sans autre précision (à gauche c'est mon boyfriend, mon papa ou ma mémé… CQFD !).

Bonus : Retour sur le photomaton avec 2 vidéos très instructives de la série Me Myself(ie) and I, produites par Arte/Créative : La petite histoire de la cabine photo et les artistes dans la cabine

10.8.16

Feuilleton de l'été : le best-of du trombinoscope de linkedin (4)

Rayon des accessoires. Ils ne reculent devant rien et vont fièrement arborer l'attribut sans lequel ils ne peuvent exister. Les adeptes du chapeau sont statistiquement assez nombreux sur le réseau, suivis de près par les accros des lunettes de soleil. Beaucoup moins nombreux et politiquement plus incorrects il y a enfin les amateurs de cigares qui osent s'afficher crânement avec un bâton de chaise dans le bec. Nouvel épisode de la petite exploration estivale du tromboniscope de linkedin, notre feuilleton de l'été.


Dans la famille "Je porte le chapeau", les variantes sont infinies, au gré des profils et des modes. Mais attention il y a des règles à respecter pour éviter le ridicule. Tout d'abord évitez les chapeaux mous, melons ou pointus et préférez le feutre ou le cuir à la paille ! Ensuite n'oubliez pas que le choix du modèle peut vous faire passer pour un guignol, un prestidigitateur ou plus insolite un chasseur de crocodile. Ce qui en soit n'a rien de déshonorant : le personnage qui a inspiré le film Crocodile Dundee a du tuer des crocodiles à mains nues pour survivre en plein désert ! Une performance certes indéniable dont il a écrit un livre édifiant "Fight the wild" mais rappellez-vous seulement que l'âpreté du monde professionnel exige sans doute une forme de doigté plus civilisée, dirons-nous… Enfin autrefois objet vestimentaire incontournable et symbole de virilité, le chapeau est devenu aujourd'hui un objet d'exception. Et comme son nom pourrait l'indiquer le "couvre-chef" est peut-être réservé aux seuls leaders : ceux qui assument des responsabilités. Alors attention à ceux qui n'en ont pas la vocation : à trop vouloir en faire, vous allez à tout moins travailler du chapeau ou pire le manger. Bizarrement et pour en terminer avec cet appendice si prisé, ce ne sont pas les femmes qui ne le portent le moins bien !


Au pays des aveugles, les borgnes sont rois ! Certes, mais il est cruellement paradoxal d'en percevoir si peu face à des interlocuteurs affublés d'une paire de lunettes noires et ils sont légions sur le net à porter des lunettes de soleil avec la plus affolante désinvolture. L'exploit sportif (il y en a) au sommet d'une montagne ou à la barre d'un voilier ne saurait excuser cette posture particulièrement inadéquate. Car si l'on s'en tient encore une fois à une analyse littérale de ces images : c'est à se demander ce qu'ils ont à nous cacher ! Cary Grant, lui en gare de New-York lorsqu'il affuble l'une des paires de lunettes de soleil les plus mythiques du cinéma, il a la Mort aux trousses ! Excusez du peu. Alors que les coupables méditent sans tarder ce proverbe africain "la chenille ne porte pas de lunettes pour boire de l'eau" et qu'ils affichent dare-dare la couleur de leurs beaux yeux, sans artifice ni posture bling-bling. Nous les aimerons d'autant plus.


Pourquoi le cigare a-t-il si mauvaise réputation ? Souvent gros, toujours proéminent il empeste pour le seul plaisir que son utilisateur et demande de surcroit à être périodiquement rallumé. A se demander s'il ne fait pas partie des objets dont la seule fonction est d'attester d'une forme de réussite, comme la Rolex. Mais celle-là est plus virile, phallique même. A pleines dents, à pleine bouche, la pulsion orale est assumée. Savoir-vivre, sybaritisme ou arrogance ? Allez savoir... Serge Gainsbourg prétendait dans une de ses chansons que Dieu fumait des havanes. Mais qui croît encore en Dieu de nos jours ?
A suivre…

Bonus : À réécouter Dieu est un fumeur de havanes, chanson écrite par Serge Gainsbourg en 1980, interprétée par son auteur et Catherine Deneuve.
A revoir La Mort aux Trousses d'Alfred Hitchcock (1959), pour la paire de lunettes de soleil de Cary Grant of course et dix mille autres bonnes raisons, en particulier le début du film, le générique de Saul Bass, et New-York trépidante, en pleine rush hour avec l'apparition fugace du maître Alfred himself planté par un bus.

1.8.16

Feuilleton de l'été : le best-of du trombinoscope de linkedin (3)

Dream team. Sur les bancs de touche, il y a foultitude de talents qui rongent leur frein, pas encore sous la lumière des projecteurs. Inexpérience, maladresse ou négligence il faut reconnaitre qu'ils savent pas toujours se mettre en valeur, à l'image de la photo qui accompagne leur profil, dont le message littéral peut être tout à fait négatif. La petite exploration estivale du trombinoscope de Linkedin se poursuit à la mitan de cet été avec cette semaine les familles... des mieux coiffés (tout se discute) de ceux qui ont besoin de se prendre la tête (ils sont malheureusement assez nombreux) et des premiers de la classe (ceux-là, on n'y échappe pas et on les aime pour leur exaspérante assurance).


Les coiffeurs nous le disent volontiers, ce sont les joueurs de football qui inventent les tendances en matière de mode capillaire. Nos héros du stade adorent afficher des coiffures aussi virtuoses que leurs maîtrises du ballon rond. Les looks sont à géométrie variable, adeptes tout à la fois de la tondeuse et de la queue de cheval. Sur le terrain moins flamboyant de l'entreprise votre coiffage doit être approprié à votre image, à votre niveau de responsabilité et le soin que vous y apportez est révélateur non pas de votre narcissisme mais de votre attention aux autres. Carton jaune pour les mal-peignés, pour les épaules pelliculées (elles font tâche) ou pour les racines blanches qui apparaissent au ras de votre crâne, faute d'une coloration non renouvelée dans les délais (elles font tâche, aussi !). Après vient la question de la longueur du poil... Ici comme en témoigne notre échantillon tous les goûts sont dans la nature, du bol monastique à la crinière baladeuse... Visiblement la gente masculine a encore une marge de progression notable. À vos ciseaux !


La main est-elle votre meilleure amie ? Ou votre plus fidèle outil ? Assurément, mais delà à vouloir en faire votre image de marque, attention vous risquez la faute... l'arbitre ne vous fera pas de cadeau et il aura bien raison. Toutes ces images avec une main qui vient se saisir de votre tête ne peut se lire autrement qu'à ce premier niveau littéral : je me prends la tête. Et pas de circonstances atténuantes, qu'elle vienne d'en haut, d'en bas ou de nulle part, qu'elle soit associée à une expression douce-amère ou inspirée, le message inconscient reste toujours le même : la prise de tête effective. Là encore ses adeptes en ligne sont légions. Au secours, fuyons ! Ils nous donnent déjà la migraine !


Et puis il y a le rang des cadors. Des premiers de la classe ou supposés comme tels. Ils sont toujours impeccables, très propres sur eux et arborent un mine satisfaite, suffisante, presqu'agaçante parfois tellement tout a l'air d'aller de soi comme si l'existence n'était qu'un jeu dont ils maîtrisaient parfaitement la coolitude. Derrière ce masque trop lisse pour être honnête, se cache toute une série de profils allant du plus vicieux des arrivistes aux purs fayots toujours à l'affut d'une bonne promotion en passant par les redresseurs de tort qui jouissent à humilier leurs troupes. Mais revenons plutôt au stade, rappelez-vous quand l'attaquant arrêté dans la surface de réparation s'effondre, il en fait des tonnes ne lésinant pas sur la surenchère ni sur l'emphase, avec le seul objectif de tromper l'arbitre et d'obtenir un pénalty. Tout cela n'est en fait que comédie. Alors ne vous laisser plus duper par les premiers de la classe : ils consacrent l'essentiel de leur énergie et de leur autorité à vous faire croire qu'ils sont meilleurs que vous et ça marche !
À suivre…

25.7.16

Feuilleton de l'été : le best-of du trombinoscope de linkedin (2)

Pochettes surprises. On trouve de tout sur linkedin, des bobines de tout poil, des échevelés, des esseulés ou des intrépides qui n'hésitent pas à s'afficher sous des jours extravagants, outrés, ou carrément voilés. Aujourd'hui pour poursuivre notre petit tour d'horizon, nous nous intéresserons tout d'abord à ceux qui n'ont pas peur de jouer les méchants, façon Sergio Leone. Ensuite à ceux qui pour qui le speed est un moteur de vie... presqu'au bord de la crise de nerf, façon Almodovar. Et enfin à la catégorie des outcast ou "erreur de casting", façon Deschiens 3615 qui n'en veut. Faites-vos jeux…


Regards durs, expressions crispées, mâchoires serrés, ça ne rigole pas et l'air n'est pas à la fête. Ici on entre dans la catégorie des méchants ou des "faux méchants" qui ne font pas dans la sensiblerie ou la séduction. Le sourire est à double tranchant et la transpiration plutôt virile, la poignée de main féroce et le croche-patte à craindre. Pas de pitié pour les chiffes molles. Nuage de fumée, poker menteur ? A vous de tester.


Cadrage improbable ou téléphone à la bouche, d'emblée vous savez que vous avez à faire à une boule d'énergie incontrôlable qui fait trois choses à la fois, courre plusieurs lièvres en une matinée et pense déjà à la troisième mi-temps dans un petit bar à la mode au fond du quartier Saint-Blaise dans le 20e arrondissement à Paris et nulle part ailleurs. Accrochez vos ceintures, il faut les suivre... ces phénomènes, rester toujours dans leur course, ne pas mégoter vos horaires car vous êtes à leur merci. Répondre à leur mail comminatoire à 3 heures du matin un dimanche sera votre seule récompense. Crises d'hystérie et burn-out garantis.


Monde de brutes ? Pas si sûr. Il y a toujours dans le lot quelques lunatiques, doux rêveurs et peintres du dimanche qui déboulent dans le cadre, sans qu'on sache très bien pourquoi. Mais leur innocence, leur candeur, leur dévouement rattrapent tout, sauvent la baraque et introduisent un peu d'humanité dans ce monde du travail qu'ils n'arrivent pas à prendre au sérieux ! A suivre…

Bonus : pour rester dans l'air du temps va-t-en guerre, revoir un Deschiens s'avère le meilleur antidote 3615 qui n'en veut - le Militaire. Starring Bruno Lochet et François Morel. Une bonne partie de cette série culte est visible sur Youtube.
Extra Bonus : enfin pour tordre le cou à l'idée reçue qui assimile tout militaire à un sous-doué revanchard, un discours du général MacArthur datant de 1945, épatant !

13.7.16

Feuilleton de l'été : le best-of du trombinoscope de linkedin (1)

Le capitaine Haddock au Tibet, le coming-out de Bartabas et le nain qui monte
sur des échasses, Linkedin sera-t-il le site des profils extrêmes ?

Tiercé gagnant. Avez-vous remarqué combien la qualité des photos affichées par les membres du réseau professionnel Linkedin est disparate ? N'avez-vous jamais été décontenancé par leur hétérogénéité, leur manque d'à-propos, leur mauvaise définition et au final par leur illisibilité ? Au premier abord l'équation ne devrait pas mériter qu'on s'y attarde plus que ça, tant les enjeux paraissent simples et la bonne pratique évidente. Jouer carte sur table et partager la couleur sans détour : il convient d'afficher la photo qui vous ressemble, celle qui vous met en valeur autant que faire se peut, à tout moins lisible tout comme votre profil. Et bien paradoxalement le compte n'y est pas. Du plus mauvais photomaton à la photo de vacances surexposée en passant par la photo-concept tordue, tous les cas de figure apparaissent sur le réseau, à se demander ce qui passe par la tête de nos alter-ego, internautes en mal de reconnaissance professionnelle ?
Ont-ils perdu la boule ? C'est bien possible, pour l'heure je ne résiste pas pour ce nouveau feuilleton de l'été, à vous en proposer une petite typologie. Nous l'égrènerons façon shuffle (en mode d'apparition aléatoire) par petits groupes à chaque nouvelle épisode. Bonne lecture, on ne se moquera pas du voisin, on évitera juste de tomber dans le même panneau... À vos avatars !



Premier cas de figure, les clandestins du réseau. Ceux qui refusent de mettre la moindre photographie dans la case dédiée. Quelque soit leur motivation (poussée d'acné, yeux vairons comme le regretté David B. ou chevilles qui enflent, à l'instar du petit barbier de Séville à l'écharpe rouge qui s'expose sur tous les médias) il faut qu'ils sachent qu'ils se mettent d'emblée hors-jeu, en contrevenant aux codes de base du réseau social fondés sur le partage et la transparence. La première info qu'ils font passer  : circulez, il n'y a rien à voir !  les disqualifient sans appel possible, et tant pis pour eux…  À noter aussi dans cette catégorie, le comble d'une discrétion un peu suspecte : à l'absence de photo vient s'ajouter celle de la fonction... Où veulent-ils en venir ?



Dans la même lignée, il y a les quelques petits malins qui pour éluder la mise en ligne de leur bobine ont eu recours à un artifice, peut-être tout droit sorti d'un mauvais filtre d'Instagram, le flou artistique. Utilisé à des degrés variables autant dans la netteté que dans la gamme de couleurs et même d'accessoires, le résultat est peut-être pire qu'une absence assumée d'image. Il agace et transmet un message littéralement trouble : je suis là sans être là, je ne daigne pas m'exposer à vous, je suis évanescent, etc… Ces interprétations inévitables ne sont pas très valorisantes pour l'émetteur, tout au contraire, encore une fois elles le disqualifient. De grâce ne restez pas dans le flou, positionnez-vous !



Enfin nous avons les plus vicieux qui en rajoutent dans la frustration, voire même dans la provocation. Ces derniers nous les appellerons les aguicheurs. Ils pratiquent différentes formes d'interpellation qui aboutissent toujours au même message : venez deviner qui ce cache derrière le panneau ! Très mauvaise pioche, nous ne sommes pas dans un jeu de séduction ni de devinettes. Le réseau social fonctionne dans l'instantanéité, la rapidité, l'efficacité, le flux tendu. Toute l'info en un seul clic, pas le temps de tourner autour du pot. Tu me fais attendre ? Eh bien, je suis déjà passé au suivant, directement lisible. Dans ce registre on évitera le carton d'invitation faussement enjoué comme cette maladroite qui affiche : please to meet you qui appelle tout naturellement sa suite logique hope you know my name du magnifique et corrosif standard des Rolling Stones Sympathy for the devil !!! À trop faire le malin, on se diabolise à l'insu de son plein gré. Etait-ce bien le but recherché ? J'en doute.
À suivre.

Bonus :  The Rolling Stones performing "Sympathy For The Devil", live at Zilker Park, Austin, Texas 22nd October 2006.

28.10.15

Peintre en lettres, le retour...

Taggeurs?… non des peintres en lettres.

Quand le corps écrit. Qui aurait pu imaginer un jour le retour des peintres en lettres... surtout après l'arrivée massive des imprimantes à découpe sur support autocollant qui raflèrent toute la mise ? Pas grand monde… et pourtant le phénomène se développe un peu partout. Oui, ils sont de retour. Leur art et leur savoir-faire ne s'enorgueillissent pourtant d'aucun titre de noblesse. On ne les appelle pas calligraphe de rues ni graffeur d'enseignes... mais peintres en lettres tout simplement.
Il y a quelques jours devant le centre d'information sur l'Allemagne, en face de l'entrée du Sénat, à quelques mètres du théâtre de l'Odéon et du jardin du Luxembourg, deux hommes s'affairaient autour d'un escabeau, le premier monté en l'air grattait des caractères adhésifs collés sur les vitres à l'aide d'une lame, tandis que l'autre maintenait l'ensemble, solide comme un arc-boutant. Je suis arrêté et ai pris l'imbécile précaution de leur demander l'autorisation de photographier la scène. Ils m'ont renvoyé plutôt rudement, ne comprenant pas la portée haut combien symbolique de ce geste avant-coureur de l'épisode qui allait suivre. Quelques centaines de mètres plus bas, place Saint Sulpice à l'angle de la rue des Canettes, un jeune homme et une fille du même âge s'agitaient devant la grande vitrine latérale du Café de la Mairie, avec moults pinceaux, chiffons et crayon gras. A y regarder de plus près, ils étaient en train de tracer quelque chose. Je suis arrêté encore une fois et n'ai pas pu m'empêcher de les interroger. Oui, ils sont peintres en lettres, et réalisent une commande. Leur patron Jean-Michel Drolon est entrepreneur ! La jeune femme me tendit une carte. Cette petite entreprise exerce, maintient et promeut cette activité de peinture en lettre sous la raison sociale Lettres & Pigments (esperluette comprise). Sa promesse commerciale annonce la couleur sans équivoque : lettres peintes à la main "façon ancienne", décors, fresques. Je les ai laissé à leurs travaux. Quelques jours plus tard, j'ai pu contempler sur la vitrine deux belles inscriptions tracées à la main, Glaces et sorbets Berthillon, Alcools de marque, plus un panneau avec les mentions produits du terroir, patisseries. La messe était dite.
Rue des Canettes, un bistrot bien inspiré.

Mais en quoi, me direz-vous avec raison, cette gentille déco dans ce périmètre ultrachic de la Rive-gauche à Paris vous permet-il d'affirmer la renaissance de cette activité ? Eh bien il se trouve que plusieurs nouveaux arrivants dans la grande famille des graphistes et autres designers graphiques de tout poil se sont pris d'amour pour cette discipline et en particulier Jérôme Sallerin qui pour son Master en didactique visuelle de l'École supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg a produit un documentaire passionnant Le corps écrit. Il est allé enquêter et filmer un peu partout dans le monde et a monté un portrait composite de huit acteurs qui pratiquent l'art de tracer des lettres à la main, chacun à leur manière, de la peinture en lettres jusqu'au tatoueur. La bande-annonce est visible sur Viméo. Le phénomène est bien général et touche toutes les grandes nations modernes. Le film qui a été présenté dans son intégralité aux dernières Rencontres internationales de Lure au mois d'août devrait être visible prochainement. Avis aux amateurs et à consommer sans modération.

En savoir plus : Jérôme Sallerin - Portfolio
Le corps écrit - Bande annonce sur Vimeo
Lettres & Pigments - Jean-Michel Drolon
Les Rencontres internationales de Lure 2015
Bonus : Rive gauche - Alain Souchon (pour la chanson, le clip est sans intérêt).

5.10.15

Adobe ou la logique du Locataire ?

Quand la couleur des interfaces vire au noir…  le côté obscur d'Adobe ?

Abus de position dominante. Est-ce que vous vous souvenez du film de Roman Polansky, Le locataire ? Un film si envoutant, si machiavélique qu'il vous prend peu à peu à son parti et ne vous lâche plus jusqu'à vous anéantir. Le beau diable polonais qui nous avait déjà fait bondir avec son Bal des vampires s'était entouré pour la circonstance d'une dream team, qui mit tout son savoir-faire et son talent à cette entreprise de déstabilisation (par ordre d'apparition : Roland Topor, dans le rôle du grand maître de cérémonie avec son roman Le locataire chimérique, Gérard Brach et Roman Polansky qui en signèrent l'adaptation, Roman Polansky himself dans le rôle titre de Trelkovsky avec Isabelle Adjani dans celui de Stella, plus une ribambelle d'acteurs français de l'époque, toutes générations confondues puisqu'on y retrouve des figures émergentes de la bande du Splendid avec Josiane Balasko, Gérard Jugnot et Michel Blanc, mêlées à des vieux briscards de la qualité française comme Bernard Fresson ou Claude Dauphin. Evidemment tous ceux qui parmi vous ne l'ont pas vu, peuvent rester dubitatifs, voire incrédules quant à un éventuel lien du géant de l'industrie des logiciels Adobe avec cette affaire de pure cinéphilie. Alors venons-en aux faits qui vous le verrez, sont tout à fait explicites. Un locataire comme vous et moi, récupère un appartement dans des circonstances un peu particulières : il s'est libéré parce que sa dernière occupante vient de mourir à l'hôpital après s'être jetée par la fenêtre. Peu à peu, cette histoire tragique va reprendre le dessus et conduire le nouvel arrivant à se confondre peu à peu avec cette femme. Tout concoure dans l'environnement à installer un climat de paranoïa aigu, qui va rendre Trelkovsky fou au point de commettre l'irréparable. Cela va commencer par le tabac d'en face, où il vient prendre tous les matins un petit noir et un paquet de Gauloises. Lorsque le garçon lui amène la première fois son café et un paquet de blondes, il proteste et réclame son paquet bleu. Mais la scène va se répéter tous les matins. Chaque fois le garçon lui amènera avec une obstination quasi métronomique le même paquet de cigarettes blondes. De guère lasse, un jour il finit par prendre le paquet, l'ouvre et en fume une. Et dorénavant il ne fumera plus que ces cigarettes-là. Cette première abdication sera le début d'une longue dégringolade qui provoquera sa perte.
Adobe, qui n'a rien à voir à les industries tabagières au demeurant, vend du logiciel graphique et se fait fort de compter plus de cinq millions d'abonnés à sa dernière Créative Cloud. Elle a basculé depuis plusieurs années la couleur de l'interface de sa suite logicielle en noir, et a imposé un service d'abonnement à ses clients. Restent aux utilisateurs attachés à leurs vieilles habitudes datant des débuts de la Pao sous Apple, la possibilité d'aller fouiller dans les préférences de ces nouvelles applications et de revenir au gris clair, la couleur identitaire du vent de liberté qu'avait apporté ce nouvel outil le Macintosh (Think different). Viendra certainement un temps où cette possibilité ne nous sera plus même plus offerte.

Comme si vous y étiez…     du flat design avant l'heure !
Alors en attendant que le grand rideau noir nous tombe sur la tête, jouons la petite montre, celle qui s'affichait durant les phases d'attente et revisitons dans la foulée toutes les autres petites icônes en pixels de cette interface révolutionnaire. Leur design conçu par Susan Kare, une graphiste un peu tombée dans l'oubli contribua largement au succès du Mac. Malheureusement ériger la nostalgie en rempart contre la toute-puissance de notre principal fournisseur de logiciels n'aura aucun effet. Nous n'avons fait pas fini d'avaler des couleuvres à l'insu de notre plein gré. Car la logique d'Adobe sous couvert de nous fournir de merveilleux petits jouets de plus en plus sophistiqués s'apparente sans plus aucun doute à celle d'un propriétaire, maniant avec un sens aigu des affaires, le carotte et le tiroir-caisse !

En savoir plus :
Voir ou revoir Le locataire en DVD ;
Susan Kare, user interface graphics.

15.9.15

Les media français boycottent-ils la mort d'Adrian Frutiger ?

Libération qui est certainement le journal le plus typé typo n'en a eu cure


Requiem. "Le secret d'une bonne écriture réside dans une subtile adéquation des lettre les unes aux autres, faite de contrastes mais aussi d'affinités. Il est fondé sur le rythme simple entre espaces blancs et traits noirs. L'œil glisse sur une ligne d'écriture". Ainsi parlait en 2002, Adrian Frutiger, l'un des plus grands créateurs de caractères contemporains. Ce géant de la typographie et du dessin de caractères vient de mourir le 12 septembre à l'âge de 87 ans dans un silence médiatique le plus total. Assourdissant, devrais-je dire. Ni Le Monde, Le Figaro et Libération n'en ont pas parlé. J'ai fait chauffer leurs moteurs de recherche mais sans grand résultat. Si l'inculture est patente, la faute d'ignorance avérée, il y a aussi une grande ingratitude de la part de ces grands pourvoyeurs d'informations dont le recours à la lettre et son dessin relève d'un lien presque ombilical.
Ombilical ? Je veux dire en jargonnant un peu : consubstantiel à leur activité même. Car les mots, ceux-là même qui s'affichent sous vos yeux, sont d'abord composés à partir de polices de caractères qui ne sont pas tombées du ciel, ni de nulle part. Toutes leurs caractéristiques ont été soigneusement pensées, puis dessinées avec une quête constante de perfection dans leurs contours, leurs contre-formes et leurs multiples détails, de façon à ce que l'œil les remarque et les capte avec la plus grande facilité dans une forme de complicité aveugle ! Un comble, ou un oxymore tout à la fois. Comme par exemple la fonte utilisée ici le Trebuchet, une linéale (bâton) humaniste créée par Vincent Connare pour Microsoft en 1996, selon un cahier des charges très précis qui exigeait une lisibilité optimale sur écran et sur papier.

Quelles archives, mais rien sur le 12 septembre
Zéro pointé




Mais revenons plutôt à nos bâtons. Frutiger appartenait à cette génération d'anciens, peu nombreux, capables de dessiner intégralement à la main l'ensemble des signes et caractères constitutifs d'une police. Avec toutes ses variantes (étroitisée ou élargie) et ses déclinaisons selon les graisses (du maigre, à l'extra-gras en passant par toutes les italiques) il ne va pas sans dire que cela représente un travail de Titan, voire de deux Titans. Cet infatigable marathonien nous a légué 28 polices de caractères au bas mot, dont certaines sont des devenus des grands standards, comme par exemple l'Univers, l'Avant-garde, le Frutiger ou l'OCR-B. Elles sont partout, en particulier sur les panneaux de signalisation des autoroutes, ceux-là même qui nous conduiront sans aucun doute possible à notre prochaine destination : les bords du lac de Chambéry où Adrian Frutiger vécut une bonne partie de sa vie. L'homme à ses moments perdus aimait à y observer des drosophiles, ces petites mouches du vinaigre très apprécié des généticiens mais aussi des plus grands des créateurs de caractères CQFD !

En savoir plus : Un dossier complet et très bien documenté produit par le site suisse Caractères : http://caracteres.ch/adrian-frutiger/
Adrian Frutiger  fr.wikipedia.org/wiki/Adrian_Frutiger
Les grandes dates de la typographie : Le typoscope
Le cobaye par excellence : fr.wikipedia.org/wiki/Drosophile
Adrian Frutiger un maître de l'Univers, bel hommage de Télérama (mieux vaut tard que jamais) dans son édition du 23-09 (n°3428) en p.14


7.9.15

La rentrée littéraire sous le bandeau

PLV (publicité sur le lieu de vente). Je me rappelle l'époque où j'officiais dans un des studios les plus créatifs en matière de couverture de livre sur la place de Paris, l'Atelier Pascal Vercken. Lorsqu'un éditeur nous appelait en catastrophe et nous demandait un bandeau pour la couverture d'un livre dont nous avions assuré la réalisation, l'exercice relevait de la corvée, voire de la punition car il bouzillait sans vergogne l'harmonie, l'équilibre de la maquette que nous avions si soigneusement mise au point. Comme il était trop tard pour tout changer, le bandeau s'imposait à nous comme le coup de tampon sur le timbre-poste qui frappe au hasard. Appendice commercial incontournable, il venait embrasser de ses deux rabats le pied de la couverture avec la charge d'en assurer la promotion et l'espoir de lui donner une meilleure visibilité face à ses voisins en libraire. La plupart du temps le nom de l'auteur et de son éditeur apparaissaient sur un fond rouge, écrits en grosses lettres blanches dans un caractère bâton.
A quand remonte cette pratique, je n'en ai aucune idée et pourtant elle n'a pas toujours fini d'emmerder le monde si vous me permettez l'expression ! D'abord les graphistes comme on vient de le voir, suivis des imprimeurs, puis des libraires qui s'escriment à ne pas les déchirer lorsqu'ils les manipulent en pile et enfin les lecteurs qui ne savent plus quoi en faire, une fois qu'ils ont payé leur du. Alors à quoi donc peuvent-ils bien servir ces foutus bandeaux ? La réponse se fait toujours attendre... des éditeurs qui dans une constance presque pavlovienne récidivent tous les ans. Aventurez-vous dans une librairie, particulièrement en cette rentrée littéraire qui affiche 589 nouveautés au compteur, vous en trouverez à foison. Rien ne vaut un test grandeur nature. Lorsque je franchis vendredi dernier, le seuil de la librairie l'Arbre à lettres dans le 14e arrondissement à Paris, quelle ne fut pas ma surprise de constater que ces bandes de papier ne ressemblaient plus du tout à ce que j'en connaissais de l'époque. Elles avaient pris des couleurs (de toutes les couleurs), jouaient librement avec la typographie, affichaient de vraies photographies et non pas de simples photos d'identité, certaines même poussaient le bouchon jusqu'à afficher du dessin ou de l'illustration. Petite revue de détail.

Quelques exemples au hasard subrepticement clichés avec mon smartphone


Si l'on peut s'autoriser un rapprochement avec le monde du sport (hardi j'en conviens), tout cela a l'air de fonctionner exactement comme au foot-ball avec les maillots des joueurs dont les couleurs correspondent aux clubs auxquels ils appartiennent. Par exemple un auteur des éditions de Minuit (affublé d'un bandeau bleu de prusse reconnaissable entre tous) ne pourra se confondre avec un auteur des éditions Julliard fidèle au vert depuis des lustres, un couleur qui pourtant porte le poisse selon la croyance populaire. Dans le lot, il y a aussi quelques frimeurs qui jouent dans la surenchère presque bling-bling à n'en pas douter, comme les éditions du Seuil, porteurs d'un brassard rouge avec des lettres gauffrées d'un bel argenté. D'autres encore, donnent dans le conceptuel presque godardien comme les éditions Jean-Claude Lattès qui ont produit une belle couverture exclusivement typographique et lui ont adjoint un bandeau avec une image plein pot sans la moindre mention. De son côté, la vieille maison Gallimard relève haut la main le défi, dans un mix tonique, mêlant photographie, dessin et écriture manuscrite (façon Dupuy Berberian) pour toute son écurie. Et pour finir ce petit tour d'horizon, les éditions Stock qui ont pris le parti depuis deux ans de faire illustrer les bandeaux de leur collection roman par des étudiants de l'École nationale Supérieure des Arts décoratifs. Y apparait la tête de l'auteur, traitée dans un dessin monochrome et ce traitement singulier apporte une vraie différenciation et une connotation arty des plus plaisantes. Si la recette fonctionne, il faut souligner au passage que ces partenariats avec des étudiants sont peu, voire pas du tout rémunérés et qu'une mise en avant éphémère ne saurait justifier l'équation d'un échange de bons procédés sans y inclure une juste et pleine rémunération.
A la fin d'un match de foot-ball, les joueurs en nage échangent une accolade et leurs maillots. En quittant la librairie, j'étais dans le même état d'excitation et d'épuisement. Je n'ai pas voulu manquer à la tradition. Alors j'ai subrepticement interverti plusieurs bandeaux, je ne vous dirais pas lesquels (c'est très ludique et produit des télescopages impertinents). Je vous encourage à faire de même. Les libraires, beaux joueurs nous pardonneront ! Et qui sait peut-être que la vente des livres s'en portera pas plus mal…